Délégationde la Gironde

L’avenir des religions au cœur d’un débat fraternel

Le mercredi 3 mai à 20 h, salle Saint-Delphin à Villenave-d’Ornon, s’est déroulé le débat interreligieux autour de la question « Quel avenir pour les religions au 21e siècle ? », devant un public nombreux et diversifié.
Merci à tous !

Débat du 3~mai~2017 à Villenave-d'Ornon.

publié en mai 2017

Les intervenants religieux :
• Emmanuel Valency, rabbin de Bordeaux et du Sud-Ouest ;
Père Dominique Fontaine, aumônier général du Secours Catholique-Caritas France ;
Père Françis Beck, prêtre à Villenave-d’Ornon ;
Mahmoud Doua, imam de la mosquée de Cenon ;
Père Éric de Bonnechose, pasteur et aumônier des établissements médicaux protestants à Bordeaux - Talence.

20 h : après une introduction faite par monsieur le colonel Dulou (membre du comité d’études du dialogue interreligieux), Alain de Brugière, président du Secours Catholique de Gironde et Marie-Christine, bénévole de l’équipe de Villenave-d’Ornon, les intervenants ont tour à tour pris la parole pour exprimer leur point de vue sur la religion aujourd’hui, son avenir…

Le colonel Dulou, après nous avoir dit que « que par le passé la religion était l’élément essentiel de la culture », a lancé le débat à partir des trois questions suivantes :
- Quelle relation de l’humain avec le divin ?
- Combien de pratiquants demain ?
- Quelle reconnaissance du fait religieux ?

Monsieur le rabbin Valency a exprimé, en remontant dans le passé, comment le regard de la société française a changé à cause d’événements : « Un événement déclencheur d’un changement de vision sur les religions c’est le 11 septembre 2001, lorsque l’on a vu ce triple attentat au nom de Dieu, avec une ampleur aussi grande cela a fait réfléchir certaines personnes et la vision a changé au niveau des religions. Elles n’étaient plus regardées avec un bon œil, au contraire la méfiance commençait à poindre. »

« Je pense personnellement, que cette méfiance vis-à-vis de la religion, cette envie politique de vouloir effacer tout signe religieux de l’espace public a eu un effet extrêmement pervers. […] On alimente une résistance, un cercle vicieux. Ce qui donne lieu aujourd’hui une radicalisation des positions religieuses, mais aussi non religieuses. Autrefois la laïcité était une grande richesse, mais c’est devenu un laïcisme qui alimente maintenant un cercle vicieux contre les religions. »

« Aujourd’hui, on regarde toujours les religieux avec un œil particulier, un œil méfiant. »

« L’avenir c’est soit on reste dans ce cercle vicieux, soit on essaye d’en sortir. Pour en sortir et rentrer dans un cercle vertueux, il convient de transmettre. La transmission à mon sens peut faire sortir de ce cercle vicieux. »

« Il nous faut nier le terme religieux à ceux qui sont violents, car la religion c’est la paix et l’amour entre les hommes. »

Père Dominique Fontaine, curé de la ville nouvelle de Bussy-Saint-Georges et prêtre de la Mission de France, a parlé du dialogue avec les personnes qui se disent non religieuses : « Notre société ne prend pas assez en compte le côté spirituel et les religions sont des ressources spirituelles pour la société. Au Secours Catholique, nous prenons en compte cette dimension spirituelle dans chaque personne que nous recevons. Ceci en faisant appel à l’humanité de chacun. »

Il nous a proposé un exemple pour montrer qu’il est possible que les religions cohabitent dans un même lieu et que cela offre une ouverture dans les esprits et relie les hommes entre eux : « À Bussy Saint-Georges, on a ce que l’on appelle l’Esplanade des Religions. Ce projet datant d’une vingtaine d’année et lancé par la mairie et l’État a proposé que les différentes religions s’implantent les unes à côté des autres, qu’elles deviennent voisines. La synagogue est construite à côté de la mosquée. C’est peut-être l’un des seuls endroits au monde où une synagogue se construit à côté d’une mosquée. Nous avons en plus deux pagodes laotiennes et taïwanaises, une église et la maison des familles du Secours Catholique. »

« Quand la mairie a proposé à nos amis musulmans un terrain aux côtés des autres religions, ils ont tout de suite dit oui. Et quand on est accueilli comme ça, il n’y a pas de problèmes. Cette hospitalité fait que la communauté musulmane de Bussy est une communauté complètement ouverte où il y a aucun problème de fanatisme, de terrorisme. »

« Quand on est voisins, on va chez les uns les autres. Du fait que l’on se connaît, par exemple, les musulmans qui viennent à la mosquée le vendredi passent devant la pagode et peuvent aller y boire un thé. »

Père Francis Beck, le prêtre de Villenave-d’Ornon, nous a éclairés sur sa pensée : « Je crois que les religions ont un avenir si elles se connaissent, font des petits pas ensemble et des gestes concrets pour l’humanité. »

« Il y a, en l’être humain, des questions fondamentales, qui peuvent être résolues par plein d’autres choses mais pourquoi pas aussi par le chemin de la foi. »

Monsieur Doua, imam de la mosquée de Cenon et responsable du dialogue islamo-chrétien du diocèse de Bordeaux, nous a proposé sa vision sur l’islam et les religions : « Je pense que l’islam n’est pas une rupture mais une continuité. Quand je vois le Coran, je trouve qu’il n’y a pas de controverse théologique mais une richesse théologique. »

« L’homme projette ses angoisses et ses peurs et fabrique des faux dieux. Malheureusement ce sont les émotions qui guident les gens et non l’esprit. »

« La croyance en Dieu est un esprit qui circule dans le monde, donc on ne peut pas mettre un Dieu dans un territoire, ni dans une culture, ni dans une civilisation. La foi est universelle. On ne peut pas se passer de Dieu. L’être humain est croyant par nature. Plus tu sors de toi pour aller vers les autres, plus tu es proche de Dieu. »

Père Éric de Bonnechose, pasteur qui est aussi aumônier dans un établissement médical protestant, a partagé sa vision de la foi à travers sa religion. Il a abordé dans un premier temps la question du déclin de son Église et nous a dit que dans ce cadre-là il faut éviter les deux tentations suivantes : « Se contenter de rester dans les cases de producteur de bonnes œuvres. Être tenté par un repli identitaire. » En revanche, il a rappelé que l’Église protestante évangélique est en pleine expansion.

« Je pense qu’il y a une attente que les religions produisent de bons fluides, qu’elles fabriquent du vivre-ensemble là où la société a du mal à en produire elle-même. »

« L’intelligence de la foi, au-delà des dogmatismes ou des choses toutes faites, est un vrai enjeu qui de plus en plus émerge et nous avons une grande tâche que nous pouvons faire ensemble, et je pense que nous pouvons le faire dans une culture de débat bienveillant. »

Trois suggestions positives pour l’avenir sont ressorties de ce débat :
- Ouvrir nos contemporains à l’intériorité, au silence et à la présence à ceux qui les entourent ;
- Accueillir les personnes en leur proposant une reconnaissance bienveillante ;
- Encourager nos contemporains à penser, à dépasser le sensationnel, et à réfléchir à l’intelligence de foi.

Des questions et réflexions intéressantes sont ensuite venues de personnes du public et les échanges se sont poursuivis.

Père Dominique Fontaine : « Il faut cultiver la dimension spirituelle et refuser l’inhumain, qui met en route la haine et la violence. »

L’imam Doua : « Aujourd’hui la vraie crise vient des religieux et on a besoin d’une réforme qui mettra la raison et la spiritualité au cœur des textes. Pour pouvoir sortir et parler à la foule, il faut une formation à la théologie et à la science sociale. » L’ouverture dont a fait preuve l’imam a beaucoup été applaudie par la salle.

Question de la salle : « Est-ce que les religions ne devraient pas sortir de leurs églises ? »

En plus de la réflexion de l’imam citée plus haut, le rabbin Valency a répondu en mentionnant internet : « C’est un outil important pour aller vers les gens, il ne faut pas hésiter à écrire des articles de fond et à se faire référencer par les moteurs de recherche pour être lu. »

Un pot, préparé par l’équipe organisatrice, a été célébré en présence de tous les participants à 22 h.

Merci à l’équipe de Villenave-d’Ornon et à son animateur du Secours Catholique pour leur investissement. Merci aux intervenants de nous avoir honorés de leur présence. Merci à toutes les personnes venues à cet événement.

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